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Par Jacques Vernerey

« COACHING DE RESULTAT OU COACHING DE PERFORMANCE ? »

 

Pour contacter Jacques Vernerey , voir la rubrique "Questions réponses"

Le coaching sportif subit de plein fouet la transformation de nos valeurs de société.

Alors qu'il n'y a pas si longtemps le coach était encore reconnu comme un point d'ancrage, il est aujourd'hui bien plus une amarre qu'on lâche pour ne pas entraver l'avancée d'un sport-business.

Laissant place à un coaching de dirigeants et d'actionnaires, relayé adroitement ou inconsciemment par les partenaires et les media, le culte du résultat règne en maître sur le monde du sport.

On a beau en souligner les dérives entre corruption, dopage, violence et paris, pour être compétitif, il faut gagner et pour gagner, il faut pouvoir rivaliser en masse budgétaire. On ne s'occupe même plus de l'odeur de l'argent ou si peu et encore moins de l'histoire qu'il faut se donner le temps d'écrire, il faut gagner vite et encore même si l'on sait combien cela reste éphémère.

Consommons de la victoire, du spectacle, de l'exposition immédiate.

Face à ce raz de marée, beaucoup y ont déjà perdu leurs repères, d'autres subissent ce qu'on leur offre, certains paient l'addition comme les coaches qu'on jette comme des mouchoirs presque comme s'ils ne pouvaient pas avoir un usage autre que consumériste.

Dans ce contexte, on a beau le savoir et se le dire, il n'est pas facile de travailler avec ses priorités dans l'ordre !

La première démarche passe certainement par l'acceptation du rôle du coach dans une définition saine du concept de réussite :

 

C'est un nouveau combat à mener et pas si simple car les joueurs et l'environnement ne l'entendent plus de la même oreille.

Au mieux le coach est un outil qui pourra m'aider à avancer dans ma carrière et de moins en moins un guide sur lequel je vais m'appuyer pour devenir un joueur adulte.

Dans le même esprit, l'approche de l'entraînement s'oriente vers plus de liberté, de spontanéité arguant que la contrainte ou la consigne pourraient inhiber l'athlète.

A titre d'illustration, je voudrais m'arrêter un court instant sur l'exemple très discuté aujourd'hui de la sélection de tir  :

« Si tu es ouvert, prends le tir ! » semble être actuellement la consigne la plus commune chez les coaches et la mieux assimilée chez les joueurs pour que le basket français, « historiquement maladroit », se débarrasse de ses complexes et ne bute plus inexorablement sur l'obstacle du « petit bras » au cours des matches importants.

Au risque et sans souci de me sentir à contre courant, je m'inscris en faux de cette simplification à outrance de la formation à l'adresse.

Devenir adroit, c'est prendre le temps d'apprendre une bonne sélection de tirs avec une période d'inhibition certaine et indispensable : une sélection se fera comme d'habitude pour faire émerger les meilleurs et leur donner de ce fait le statut prioritaire de shooteur.

Prendre un bon tir :

•  c'est s'assurer qu'il n'y a pas de joueur mieux placé que moi pour un tir encore plus facile

•  c'est savoir si je le prends d'un endroit où je suis « raisonnablement » adroit

•  c'est me demander si le tir est dans l'équilibre du jeu ( y a t'il quelqu'un au rebond et au repli ? est ce le bon moment tactique ? ….)

Bien sur cela prendra du temps et en laissera sur le bord de la route (y compris ceux à qui le coach devra dire qu'il y a d'autres tâches où ils seraient plus efficaces à l'équipe) mais cela s'inscrit toujours dans l'idée qu'une histoire sportive s'écrit avec des règles et dans une certaine durée d'apprentissage et de sélection.

Cela n'engage que moi mais le raccourci que nous tentons de prendre pour créer une culture de joueurs adroits me paraît répondre à des critères d'immédiateté qui ne structurent pas le joueur en particulier pour le moment des échéances cruciales sous haute pression.

J'ai l'intime conviction qu'il faut aussi et encore savoir agir à contre courant des préceptes admis parce que s'inscrivant dans l'air du temps.

La réussite dans ce domaine se résume plus à l'idée de prendre le tir que nous avons choisi, de prendre le tir qu'il faut prendre (dans ce timing, en passant par ce relais, pour notre joueur le plus adroit à cet endroit, en fixant la défense à notre guise, en nous assurant de l'équilibre après le tir …) qu'à autoriser des tickets de tir aux joueurs ouverts (souvent d'ailleurs les moins adroits quand la défense est intelligente)

L'orgueil du shooteur (celui qui ne se « déballonne » jamais) sera issu de la sélection par le nombre et par le travail de répétition mais sa confiance viendra de l'idée qu'il participe simplement à un processus collectif et non pas qu'il supporte tout l'enjeu de la rencontre.

Refermons cette parenthèse pour reprendre le fil de la définition de la réussite dans un contexte où le seul critère est le match gagné pour soi ou par l'équipe.

Qui ainsi n'a pas pris le risque de faire de sa passion sa pire souffrance en ayant pour seul repère le culte du résultat immédiat ?

Rongé par une défaite, par ses conséquences et le regard des autres, le coach se sent régulièrement isolé, abandonné, condamné et fini.

Euphorisé par une victoire, le coach s'éblouit, s'attend à une gratification et se gorge de certitudes.

La Défaite est angoisse et la Victoire est plaisir mais l'un et l'autre demeurent superficiels et nous le savons bien au fil du temps.

La Réussite, par contre, est Bien Etre et pourrait se définir ainsi, rapportée au sport :

« Ma Vie n'est plus un combat, c'est une expression : la Quête de la Performance ! »

Comment faire sien un concept qui range le résultat au second rang pour ne pas en devenir esclave ?

En balayant l'immense portée affective de la compétition sportive :

Ils sont tout aussi nombreux ceux qui veulent démontrer que la performance peut être rendue scientifique que ceux qui ignorent tout critère objectif et perdent toute lucidité au moment du match.

La réponse est certainement à mi-chemin en acceptant qu'il y a quelque chose qui dépasse le simple résultat :

•  L'appartenance, l'adhésion, la foi en un programme, en des valeurs, en des projets

•  L'épanouissement de ses qualités, l'expression de sa personnalité, la contribution

•  La connaissance de soi et des autres, la rencontre, le contrôle sur soi et sur l'environnement

Plus le défi que nous nous sommes fixés est grand, plus il démontre une quête de soi et des autres.

Cette recherche de performance naît d'une motivation « personnelle » qui génère une soif telle que les rapports à l'angoisse sont inévitables.

La détermination et la rage de vaincre sont des atouts incontestables qui ne suffisent pas pour autant

La référence au devoir, au sacrifice, à l'effort et au mérite demeure un lourd tribut à consentir dans la durée

Essayons de proposer quelques outils propices à un changement d'approche :

La valorisation des concepts :

« Je ne suis pas le club, l'équipe, le coach, l'équipier de tous tes rêves …….mais je suis peut être le club, l'équipe, le coach, l'équipier de TOUTE TA VIE ! »

« Réconcilier les rapports gagnants en refusant d'opposer Discipline et Autonomie, Sanction et Motivation, Exigences et Initiatives, Titulaires et Remplaçants, Leaders et Suiveurs ….. »

« Chaque jour est une rencontre, une histoire à écrire »

La valorisation de « soi » :

Mieux se connaître !

Ne pas ou ne plus être seul !

Tout faire et c'est déjà pas si mal !

Accepter d'être performant donc faillible, c'est accepter d'être soi

Apprendre à gérer le changement, l'incertitude, la pression du résultat, la remise en cause

La valorisation de l'équipe :

Afficher un style

Développer le potentiel

S'attacher autant à la personne qu'à l'athlète

Des attitudes pas seulement des techniques

Faire émerger les signes d'une équipe qui gagne

Les objectifs de résultats après ceux de comportements et de développement

Ne pas céder aux méthodes d'organisation au risque de négliger les méthodes de direction

•  Je ne sais pas si ces quelques lignes auront su attirer votre curiosité et stimuler votre imagination mais je vous propose d'en rester là et de vous donner rendez vous « thème par thème » pour d'autres publications.

Dans une société qui bouge si vite, il nous est demandé de tirer encore plus rapidement tous les enseignements des changements qui s'imposent à nous :

•  Du passage d'une relation humaine à une relation connectique

•  Du service à l'entreprise commune (adhésion) au service de soi (plaisir)

•  Du système autoritaire au système participatif

•  Du savoir technique au savoir d'expérience

S'il y a du bon dans ces évolutions et que notre coaching doive s'en inspirer ne nous interdit pas d'entrer en résistance, prêts à demeurer les « gardiens du temple », défenseurs des valeurs qui ne doivent jamais s'effacer au profit des débordements liés au culte du résultat à tout crin.

A vous de choisir !