On ne peut qu'être surpris des périodes euphoriques et dépressives que traversent les joueurs tout au long d'une saison .
Beaucoup parmi eux cherchent des repères pour analyser leur performance et surtout se construire ou se reconstruire d'un match à l'autre.
Combien d'entre eux, en particulier, se trouvent totalement désemparés par une phase de maladresse passagère ou cyclique ?
« Je ne comprends pas, ça ne rentre pas, . » comme si le succès de la performance n'importait qu'en fonction de l'apport en capital points.
Pourtant nombre de matches sont gagnés avec un pourcentage d'adresse inférieur à celui de l'adversaire recentrant la réussite d'un joueur ou d'une rencontre sur d'autres critères.
Si la confiance du joueur ou de l'équipe est sans cesse remise en question c'est qu'elle ne repose pas sur un nombre suffisant de paramètres permettant d'organiser positivement son jeu et d'évaluer sereinement sa prestation en match et après le match.
L'attention doit davantage se focaliser sur ce qui fait la densité d'une performance offrant ainsi la possibilité de puiser dans d'autres registres en cas de faillite ponctuelle d'un secteur.
Le coach, de son côté, n'insiste pas suffisament dans son discours et dans son analyse sur d'autres critères que les pourcentages de réussite (et donc d'échecs !) alors qu'il devrait être conscient que ce n'est pas cela qui « charpente » la performance du joueur et de l'équipe.
J'en veux pour preuve les fiches statistiques d'évaluation qui ne reflêtent pas assez la volonté de centrer chaque joueur sur d'autres facteurs positifs.
En particulier, chez les jeunes où l'on sait que les seuils d'adresse sont encore inférieurs aux seniors qui eux mêmes « plafonnent » en moyenne à 50%
Changeons notre regard, orientons d'une autre façon la performance et donc les priorités en jeu.
Il s'agit bien de marquer ses paniers mais il s'agit moins de penser aux conséquences des tirs manqués qu'à se concentrer sur ..
Ces gestes qui font la différence (et qui doivent être valorisés en jeunes pour devenir automatiques en seniors):
En Défense :
Le rebond bien sur mais c'est déjà une référence statistique bien valorisée sauf que celui qui capte la balle n'est pas le seul concerné !
L e « verrouillage » de son adversaire (« Box out » en anglais) doit être comptabilisé en attitude positive car il interdit toute transition adverse et prépare les alignements de course de contre attaque. Ce geste qui apparaît « surfait » dès lors que le ballon est capté demeure cependant déterminant dans les situations critiques.
On pourrait imaginer qu'un jeune joueur rentre de son match en disant : « j'ai bien joué, j'ai réalisé 12 Box Out !!! »
Les trajets défensifs sont des signes particuliers de joueurs en performance (ou pas) car ils donnent un sens collectif à l'action individuelle.
Il faut être capable de valoriser le nombre d'Aider-Reprendre (help and recover en anglais) et de mise en uvre de rotations (couvrir en bas ou cover down, couvrir à travers ou cover accross, couvrir en montant ou cover up ) qu'il s'agisse du jeu d'aides sur écrans, sur passe intérieure ou sur pénétration.
Je fais une parenthèse sur cet exemple : il s'agit bien de faire comprendre au joueur qu'au lieu de se concentrer sur son niveau d'adresse, il lui est possible de produire une grosse prestation grâce à ses actions défensives.
On peut le dire, le quantifier, le récompenser
Le repli défensif (« Get back » en anglais) doit être actif qu'il s'agisse des suites d'un panier manqué, encaissé, d'une perte de balle ou d'une remise en jeu. Il faut distinguer le nombre de fois où tu te seras contenté de reprendre ton joueur ou ta place désignée sans intervenir dans un autre secteur, sans voir et fixer le ballon, sans anticiper (tu dois Communiquer : je prends, attention derrière, Feinter , Décrocher, Attaquer le ballon )
La pression défensive consiste quelle que soit la hauteur d'intervention sollicitée par le coach (soit au dessus de la ligne de passe ou front en anglais, soit sur la ligne de passe ou deny en anglais, soit sous la ligne de passe ou contain en anglais)) à créer de l'incertitude au porteur de balle.
Il s'agit essentiellement d'un travail d'appuis ou de mains, en feintes ou en attaque du ballon (de la passe ou du dribble).
On s'aperçoit souvent qu'un joueur « contrarié » par l'estimation de son degré de performance néglige dans la foulée ce type de « prises de volume » qui pourtant contrarient les intentions et la lecture adverse.
Seul un coaching individuel sur un joueur à recentrer vous permettra de quantifier ces « oublis » .
L'usage des bras, de la tête, de la voix, des appuis que ce soit en attaque ou en dissuasion sont des signes reconnus de joueurs « en forme » (malgré une certaine forme de maladresse par ailleurs).
A ce titre, le passage en force ( « charge » en anglais symbolise un des plus beaux efforts défensifs que ce soit sur son joueur ou suite à un décrochage.
Il n'appartient qu'à vous de le faire entrer dans vos statistiques « super bonus »
En Attitude :
Il n'y a pas de pire « boulet à traîner » qu'un joueur qui en plus de sa maladresse exprime à l'équipe tout son désarroi, portant seul sur ses épaules toute la détresse du monde. Cela ne fait qu'en rajouter.
« Si toute ta satisfaction, ton enthousiasme, ta confiance ne se construisent que sur ta réussite aux tirs, ton jeu sera fait de plus de peine que de plaisir »
Ce message doit être clairement distillé dans des périodes calmes ou de simulations volontaires permettant de préparer puis d'afficher les bonnes attitudes qui vont justement « atténuer » le sentiment de contre performance générale alors qu'il ne porte que sur l'adresse.
Si l'équipe est plus importante que ma performance du jour, alors je suis capable, même dans un mauvais jour, d'apporter quelques signes positifs.
Les encouragements sont encore les meilleurs outils qui permettent de redonner du tonus, de ne pas lâcher, de se révolter contre la fatalité du jour. Il n'y a pas de réflexe naturel au départ car ce n'est pas dans notre mentalité et surtout cela ne fait pas partie du plan d'entraînement et des coefficients d'évaluation positive d'une équipe.
C'est à mon avis au coach de rappeler les moyens de se sentir plus fort à plusieurs que tout seul. Il doit inculquer cette notion comme il enseigne un geste technique.
Les consignes représentent le message déterminant qui relie l'équipe et chaque joueur au projet de jeu. On mesure le degré de cohésion de l'équipe à la qualité de l'écoute et de l'application aux consignes. Il est important de s'assurer mais aussi de sensibiliser les joueurs à se rendre attentifs en toute situation.
Je ne connais pas de coach qui dans un moment crucial des dernières secondes d'un match n'a pas été confronté au non respect de la stratégie choisie : faire une faute immédiate, ne faire absolument aucune faute, pas de tir à 3 pts , on joue pour un seul tir .
Cette concentration que chaque joueur doit à l'équipe est le lien du collectif et c'est justement dans le doute, la maladresse que la perception à l'environnement extérieur est la plus réduite.
En la matière, au moment du match, il est déjà trop tard pour déplorer le non respect des consignes : c'est l'entraînement qui est la réponse majeure à cette nécessité : en créant des situations à pression, en interrogeant régulièrement sur la consigne donnée, en faisant participer au choix de la prochaine consigne, le coach impose cette condition de base qu'est l'écoute et la mise en application d'un plan de jeu individuel ou collectif.
On peut être d'accord en tant que coach et se contenter d'être muet à l'entraînement sans solliciter et vérifier une conduite intellectuelle de l'attention de chaque joueur.
Le degré d'agressivité développé en jeu demeure un signe fort qu'il convient de valoriser auprès des joueurs quelle que soit leur réussite « statistique ».
Il est plutôt courant de trouver un engagement « aveugle » ou un relâchement « coupable » qui font que le joueur continue inexorablement à s'enfoncer dans l'impasse d'un match « sans ». Il faut donc aider le joueur à combattre le raccourcissement de l'ensemble des trajectoires et déplacements, la diminution de l'intensité dans les gestes simples, la notion de « petit bras » dans les prises de décisions.
Si le constat est facile, le remède l'est moins en réaction immédiate : je suggère, dans un premier temps, l'usage de la vidéo qui démontre de manière assez claire la neutralisation de l'agressivité : joueur à l'arrêt, joueur hésitant, joueur « fou », joueur « sans âme » et de mettre ensuite en place un signal, un geste qui montre clairement au joueur (et à l'équipe) qu'il n'est plus dans le match et lui permettant ou pas de se reprendre.
Ce repère « secret « à l'équipe, ne doit être utilisé qu'en interne et de façon limitée afin qu'il porte sur le joueur et sur l'équipe : « Attention, tu es en train de nous lâcher ! »
En pointant du doigt, on peut espérer une réaction salutaire de l'individu et un réflexe de solidarité de la part de l'équipe sachant qu'on peut faire des erreurs mais qu'on n'a pas le droit d'abandonner (sa lucidité en particulier)
Les signes de reconnaissance, d'appartenance sont des codes qui s'installent dans toutes les équipes qui réussissent. Ils s'implantent de manière spontanée dans les périodes euphoriques mais peuvent et doivent se développer de manière travaillée pour être capable de s'en servir aussi dans les moments durs. L'exemple le plus significatif est celui de « c'est ma faute ( my bad en anglais) » qui consiste à reconnaitre son erreur ou son mauvais choix (mauvais tir, mauvaise passe, je ne t'ai pas vu, faute inutile, )
Mais on peut aussi proposer et promouvoir le geste, le code qui permet de dire merci à un coéquipier après une bonne passe, un panier réussi, une attitude défensive ou celui qui informe de mes intentions, de mon état ou encore celui qui dit qu'il est temps d'élever notre niveau de jeu.
Le niveau de connaissance du jeu, de ses partenaires et des adversaires dans un second temps sont encore les meilleurs gages d'une confiance partagée et d'une lucidité sans faille.
Le temps que l'équipe écrive sa propre histoire doit être accompagné d'informations et d'exercices qui conduiront à une meilleure compréhension des attentes, des spécificités et des moyens à développer.
Sais tu:
Quel est le meilleur emplacement de tir de chacun de tes coéquipiers?
Qui est capable de prendre un tir à trois points, poste haut ou ligne de fond ?
Qui peut pénétrer ? il faudra lui libérer le couloir ..
Qui peut poster dos au panier ? il faudra lui donner la balle à l'intérieur ?
Quels sont les principes et les options qui gouvernent l'attaque d'une défense de zone ?
Comment dois-je réagir lorsque je suis doublé ou trappé ?
Qui est le mieux placé pour intervenir sur le ballon dans le cas d'une défense qui condamne le centre (« no middle » en anglais) ?
.
Il existe donc d'autres alternatives permettant d'orienter le jeu sur d'autres secteurs de performance!
Cela peut t'aider à garder un degré d'attention malgré une maladresse ou un embarras passagers.
Ces questionnaires pratiques doivent se travailler très tôt dans la formation du jeune joueur.
En Attaque
Le regard intérieur (« Look inside » en anglais) est un des premiers repères à valoriser et à maintenir dans toutes les situations de match qu'il s'agisse d'attaquer le cercle ou de porter la balle près du cercle.
On constate souvent en période de fébrilité ou de pression que le regard se porte davantage vers l'arrière. Là encore, afin de positiver une performance sans tenir trop compte du seuil d'adresse, il n'est pas absurde de mettre en avant le nombre de passes faites à l'intérieur (poste haut ou poste bas) tout comme le nombre de vraies positions préférentielles et la recherche d'ouverture des angles de passe que ce soit par un travail de verrouillage ou de transfert de balle.
La pose d'écrans qui portent est le meilleur moyen de concentrer son travail offensif sur une dimension collective du jeu.
Beaucoup d'écrans sont posés et jamais portés au sens où l'angle n'était pas bon, la pose n'était pas tenue assez longtemps, l'utilisation pas assez « épaule contre épaule »
Dis-toi que si tu as déjà fait percuter 10 bons écrans dans le match, ta prestation n'aura pas été si négligeable !
Et surtout ne te limites pas à poser des écrans au porteur car ce sont ceux entre les non porteurs qui neutralisent le mieux les aides défensives !
L'amplitude des gestes et des déplacements caractérise la dimension d'un joueur disponible sur le terrain quelles que soient les situations proposées :
Qu'il s'agisse du tenu des gestes de base ( passe, tir, appels de balle, )
On dit souvent qu'on joue « petit bras », remarque caractéristique de gestes étriqués
Qu'il s'agisse de la distance d'avec ses partenaires (« spacing » en anglais)
On dit souvent que le jeu « se tasse »
Qu'il s'agisse des mouvements de fixations sans ballon (courses, essuie glace, enrouler, entrer-sortir, )
On dit souvent que le joueur se fige, que le jeu est devenu statique dans les situations d'échec
Qu'il s'agisse de l'usage des feintes (passes, dribble, tir)
On dit souvent que les gestes sont « téléphonés », prévisibles chez un joueur « en crise »
La présence dans les transitions démontre l'importance que le joueur apporte encore à tout ce qui peut surprendre l'adversaire et dénote d'un rayonnement sur la rencontre hors les standards classiques.
L'éclatement et la course dans les couloirs de jeu rapide,
L'anticipation et l'action au rebond offensif (en période de doute, on dit souvent qu'on a des semelles de plomb !)
Sont des actions faciles à quantifier et qui, si elles sont régulièrement valorisées, peuvent permettre de donner une autre dimension à chaque joueur.
Une vraie « grande course », un véritable travail « d'appuis offensifs » seraient donc des facteurs de performance ????
La sélection de tir procure au joueur l'arme fatale pour lui permettre de réagir aux situations de maladresse.
On en parle souvent mais on la décrit plus rarement.
Prendre un tir lorsqu'on est ouvert dans un secteur où l'on est fort ou décemment adroit et ne jamais le refuser
Ne pas prendre de tir pour se remettre en confiance, sans être dans un spot où l'on est habituellement adroit, sans s'assurer de l'équilibre du placement des joueurs (risque élevé de contre attaque) , sans respecter les choix tactiques classiques (joueur mieux placé que toi, chrono en cours, situations spéciales, ) ou le plan de jeu décidé (pas de tir avant trois passes, pour un seul tir, pour un joueur, .)
Le Bien Etre d'Etre Performant
Ces quelques exemples ont pour vocation de démontrer qu'il faut orienter notre regard et notre analyse et celui du joueur de manière différente. Qu'il faut construire dautres grilles d'évaluation, utiliser un autre langage, donner d'autres indications de la performance ..
C'est peu dire qu'on passe davantage d'énergie à critiquer qu'à encourager.
Le joueur est configuré dans un contexte où la confiance est trouvée en réaction aux remarques plus qu'en appropriation de ses actions de jeu.
On pourrait se prendre à rêver d'une réforme en profondeur dans la manière d'appréhender la compétition et la performance que ce soit à titre individuel ou collectif.
Plutôt que de ne pointer que ce qui n'a pas été productif, il s'agirait de s'évertuer à trouver quelque chose de positif à tout prix, renforçant ainsi la confiance dans nos capacités à l'écoute et à se transformer.
Les grilles d'analyse seraient à modifier en substance pour être adaptées au niveau de jeu de l'équipe et/ou de chaque joueur.
Le standard classique du bon match se transformerait en critères plus réalistes permettant aussi de fixer des objectifs plus individualisés à chaque niveau de pratique.
Pour caractériser un « match plein », on pourrait imaginer chez les touts petits de quantifier :
Le nombre d'arrêts et de pivoters réalisés
Le nombre d'appels de balle en s'éloignant
Le nombre de fois où j'ai mis moins de 5 secondes pour reprendre mon joueur
Le nombre de passes à terre à quelqu'un de proche
Et on pourrait reprendre chez les plus grands et en fonction de chacun les repères proposés tels que :
Le nombre de « contrôle rebond »
Le nombre d'écrans « portés »
Le nombre de passes « intérieures »
Le nombre d'encouragements « spontanés »
Le nombre de gestes de reconnaissance
Le nombre de replis défensifs « actifs »
..
Se dire « formateur de jeunes » c'est avant tout faire des sacrifices et fixer des priorités.
Sacrifier nos agacements sur les pertes de balles « nécessaires » pour faire évoluer le jeu et insister sur les gestes qui comptent au moment où cela compte.
La priorité est elle de lancer des ballons de différents endroits du terrain et tenter de devenir adroit ou plutôt de s'assurer que le geste reste de bonne facture au risque de patienter avant d'élargir les spots de tir ?
La priorité est elle d'offrir une gamme « motrice » des tirs (varier les lâchers de balles, les angles, les appuis ) au risque de perdre en efficacité immédiate et de patienter avant l'émergence d'un ou plusieurs « spécial » ?
La responsabilité du formateur c'est d'offrir aux jeunes joueurs une rencontre avec eux-mêmes et avec les autres.
Que le degré d'exigences soit élevé dépendra le niveau de motivations des jeunes plus que de celui du coach lui-même (un « classique » en la matière où nous transposons davantage nos idées, nos attentes, nos aspirations que nous ne nous mettons au service de celles des joueurs)
N'ayons pas peur d'être durs mais assurons nous que cela corresponde au projet exprimé et « contractualisé »
Un engagement pris est un engagement tenu et je ne vous avais promis rien d'autre que de la sueur .. !
A contrario, n'ayons pas peur d'être plus patient en fonction de l'histoire et du potentiel de chacun. Considérer un joueur de grande taille comme n'importe quel autre n'est pas le gage d'un développement proportionné tout comme le fait de ne pas tenir compte du degré de « culture sportive » et de l'environnement du club, de l'équipe et du joueur.
Cultivons leur jardin, cultivons notre jardin pour que le jeu soit analyses et réponses et non pas obstacles et désagréments.