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Jacques VERNEREY

SUR LE TOIT DE L'EUROPE EN PASSANT PAR ………………...

LES SENTIERS DE LA FORMATION

 

 

Pour contacter Jacques Vernerey , voir la rubrique " questions réponses"


Ils sont sinueux les chemins qu'empruntent joueurs et joueuses pour se construire et révéler le meilleur d'eux mêmes. Lorsque la réussite leur sourit et qu'ils atteignent les sommets, d'aucuns s'interrogent sur leur parcours et les raisons de leur succés, d'autres revendiquent une part de responsabilité dans leur épanouissement.

Il faut être modeste dans la plupart des cas et j'en veux pour preuve la longue période où Catherine Melain, Laure Savasta, Nicole Antibe, Nathalie Lesdema, Audrey Sauret, Sandra Le Dréan subissaient la domination sévère des Russes et des Yougoslaves (pour ne citer qu'elles) et où l'on cherchait de nouvelles recettes pour les faire progresser.

Qui voyait en elles à cette époque de futures championnes d'Europe ? (8 è aux championnats d'Europe cadettes 91, 4 è aux championnats d'Europe juniors 92, 5 è aux championnats d'Europe juniors 93, 6 è aux championnats du Monde juniors 93).

Qui aujourd'hui avec des résultats beaucoup plus prometteurs en jeunes (3 è aux championnats d'Europe cadettes 99, médaille d'or aux championnats d'Europe cadettes 2001……) annonce que la relève est véritablement assurée ?

On peut pourtant dire sans beaucoup d'hésitation que le niveau technique et physique est plutôt supérieur à celui de leurs aînées au même âge.

Lorsque « PIVOT » m'a fait l'honneur de me demander de tenter d'expliquer en quoi le parcours de formation assez identique (INSEP et Aix en Provence) de certaines joueuses a pu contribuer à leur avènement, j'ai eu en première intention l'envie de dire que ce fut une dynamique d'équipe et de fonctionnement imposée et contrainte mais juste et rigoureuse qui a permis à chacune de faire sa propre rencontre avec elle même, de réaliser ce qu'il était nécessaire et ce qu'elle était prête ou pas à faire pour dépasser ses propres limites.

Ce qui est d'ailleurs intéressant d'analyser en ce sens ce n'est pas tant leur valeur de joueuses mais l'EXPRESSION qu'elles dégagent aujourd'hui :

La dimension, le volume, la détermination, la générosité, l'abnégation, le rayonnement sont des qualificatifs souvent employés à leur égard et qui collent bien à leur image et avec leur histoire.

« Ma vie n'est plus un combat, c'est une expression »

Toutes ces joueuses ont beaucoup donné ; toutes ont traversé des phases de doute, de révolte, de lutte, d'incertitudes ; toutes ont vu les valeurs inculquées être remuées, remises en cause, testées comme pour en être plus renforcées, plus étayées.

C'est peut être parce que rien ne leur était promis hors le labeur et la discipline qu'elles se sont construites autonomes et solidaires, ambitieuses et modestes malgré les contradictions que ces mots expriment en premier lieu.

Aujourd'hui elles transmettent et elles partagent des qualités qui collent aux championnes :

« Le sport de haut niveau, la compétition t ‘apprennent à faire parler ton cœur, à découvrir ce qu'il y a de vrai en toi » (et je ne parle pas des sentiments mais du caractère)

Ces joueuses ont appris à se comprendre, à écouter, à se choisir.

Ce qui peut être imputé au coaching c'est le mode de questionnement proposé et les fondations des réponses esquissées.

En ce sens, il est révélateur de constater qu'on peut dire pour beaucoup qu'elles se sont forgées un PARCOURS où peu de leurs orientations ont été anodines construisant étapes par étapes une logique de leur réussite.

Le sillon qu'elles se sont creusées est bien la caractéristique de personnes en quête et guidées par des convictions fortes.

Et puis pour en terminer avec l'analyse humaine et revenir à une juste mesure, il y a un paramètre qui jalonne systématiquement les explications du succés :

la DESTINEE , ce sentiment d'avoir été dans les bons créneaux, de faire les bonnes rencontres et d'échapper aux mauvaises.

On peut lancer la réflexion sans qu'elle n'engage en rien :

•  L'INSEP qui frappe à leur porte au début de leur formation vient juste de considérer l'intérêt de les faire participer à un championnat de NF2 puis de NF1 : elles auront à en faire la preuve et à essuyer les critiques faites aux intrus ;

•  L'Entraîneur en charge du programme d'entraînement tient absolument à exprimer sa philosophie et déclare la guerre à l'impossible et aux partis pris : elles auront à en assumer les excés et à se plier aux exigences ;

•  Les clubs de ligue féminine ont à l'époque une politique de recrutement qui met en valeur les étrangères (beaucoup plus accessibles avant la WNBA) et qui suggère aux « espoirs » de mijoter encore quelque peu : elles auront à s'affirmer trouvant avec Aix en Provence en reconstruction une terre fertile ;

•  Les ambitions européennes de Bourges et de Valenciennnes poussées par l'exemple de Challes mettent en avant le charisme et les compétences d'entraîneurs hors norme tels Vadim Kapranov et Marc Silvert : elles s'aguerriront à leur contact et épouseront la culture de la victoire ;

•  L'Equipe de France remontée par Paul Besson jusqu'à l'argent de Pérouse balbutie et retrouve les sommets avec Alain Jardel et l'argent de Pologne puis trébuche aux JO sur un adversaire déroutant : elles auront à relever le défi de ne pas échouer au port en remportant les championnats d'Europe organisés en France.

Chacun de ces rendez-vous les aura contraintes à se surpasser et c'est peut être ce qui rend leur chemin de formation si complet.

Concernant les années INSEP et aixoises, les joueuses qui ont pu en bénéficier ont surtout profité d'une continuité d'entraînement entre la formation et le terrain de la compétition.

Je garderai toujours imprimé que pour qu'une formation soit complète il faut qu'elle propose un terrain d'expression : l'avènement d'un projet de plusieurs années d'investissement passe par la nécessité de faire ses preuves au contact des ainées.

Mais la question qui vous intéresse sans doute le plus est de savoir de quelles méthodes d'entraînement ces joueuses ont été inspirées ? ……… Le tout-américain qu'on s'obstinait à me reprocher c'était et c'est encore l'idée qu'il faut avoir l'ambition de faire entrer les joueuses et les joueurs dans un « PROGRAMME » . Ce n'est certainement pas la prétention de dire qu'il n'y en a qu'un mais d'affirmer qu'on y croit, que c'est une voie qui mérite d'être suivie puisqu'elle prend attache sur des valeurs techniques et éducatives saines .

Voici donc en illustration les grands principes directeurs du mode de fonctionnement qui a gouverné ma philosophie de l'entraînement au cours de ces années de formation.

AIDER L'ATHLETE A PROGRESSER CONTRE SON GRE

Au moment d'accepter la blessure et ses contraintes de soin et d'arrêt, au moment de surveiller chaque semaine sa courbe de poids, au moment des réveils musculaires du petit matin, au moment d'être suspendue de match pour un comportement ou un échec scolaire, au moment de modifier un geste technique en bouleversant les repères habituels, au moment de ramper à chaque lancer-franc manqué, au moment d'encourager « bêtement » et systématiquement ses partenaires, au moment de la crainte de la musculation qui déforme, au moment où la seule défense utilisée est la fille à fille, au moment d'entendre crûment qu'il y a une vraie valeur cachée en toi ………..

Dans tous ces moments, il n'a pas été évident de comprendre que l'on fait cela pour son bien ou celui de l'équipe. L'environnement pense même que l'on va parfois trop loin, la confiance en soi est remise en cause et on ne sait pas lorsqu'on va voir le bout du tunnel ….. peut être jamais.

Le cri d'équipe qui a marqué le mieux ce principe de dépassement de soi était :

« Nos limites ? ………No limit ! (aucune limite) »

Attention ce degré d'exigences n'est pas applicable à des athlètes communs mais pour des projets hors normes tendant vers le haut niveau.

S'INTERESSER A LA PERSONNE QUI EST DANS CHAQUE JOUEUSE

L'athlète ne met pas longtemps à comprendre une démarche qui s'intéresse vraiment à elle, un projet qui la place au cœur du programme.

A partir du moment où vous développez un esprit de famille, où vous consacrez très régulièrement du temps à des entretiens individuels, où les discussions parlent d'épanouissement, de projet de vie avant que de projets basket, où vous distillez des messages de valeurs éducatives, l'athlète peut comprendre (tardivement parfois) que vous ne cherchez pas à vous servir d'elle mais que vous l'aidez à se construire adulte.

La formation de jeunes talents, adolescents dans le corps et dans la tête, la sensibilité à fleur de peau des jeunes prêtes à tout donner nous imposent une attention particulière.

L'exemple qui me revient pour illustrer cet attachement à l'être c'est le poême qu'a rédigé le docteur Blanc au cours d'un stage France cadettes et juniors à Arles sur Tech. Médecin fédéral, il devait décéder brutalement quelques semaines plus tard …….

La pensée de la semaine s'appelait « Basket ball, capitaine de mon cœur ……. » et j'avais essayé d'impulser , lors d'un briefing, un message basé sur le travail en profondeur et dans la durée si magnifiquement transcrit par le docteur Blanc :

« Le cœur est un diamant, une rose captive

il faut gratter des ans son enveloppe grise

pour espérer pouvoir y découvrir un jour

connaissance et savoir, le partage et l'amour »

L'entraînement, la compétition sont aussi et peut être avant tout l'occasion d'un éclairage sur la réalité de nos valeurs.

NE PAS OPPOSER DISCIPLINE ET AUTONOMIE

Alors que chacun s'accorde à reconnaître que les grands succés, les grandes entreprises ont toutes à leur origine une énorme discipline individuelle et collective en terme d'organisation, de prise en charge, d'effort et de coordination, dés lors que vous mettez sur pied un programme d'entraînement où le niveau d'exigences est élevé et la qualitée de réponse exigée, vous risquez de vous faire taxer de coach « autocratique » inhibant l'expression individuelle des talents et la prise en compte de l'athlète par lui même.

La discipline n'est pas une sanction, c'est une motivation  .

Lorsque vous acceptez que votre instrument se mette au service d'un chef d'orchestre cela ne tue pas votre créativité au contraire cela peut la transcender si l'on vous en offre les possibilités.

J'ai toujours préconisé que pour qu'un programme exigeant soit accepté il fallait qu'il offre des objectifs à différents niveaux (résultats, attitudes et techniques),

qu'une promesse faite soit tenue et respectée, que des espaces de liberté devaient être préservés.

En laissant le soin à chaque joueuse « d'animer la semaine », en proposant des moments d'oxygénation et de loisir, en instaurant la règle « libre effort-plus », en utilisant divers outils de « debriefing », j'espère avoir participé à ce que « chaque joueuse apprenne à être elle même ».

ENSEIGNER LE JEU PAR LA MAITRISE DES FONDAMENTAUX

Si l'idée d'apprendre le jeu par le jeu est tout à fait respectable, je suis toujours convaincu qu'il faut d'abord maîtriser ses gammes avant de vouloir jouer une partition. Basiquement d'abord le solfège et les accords avant d'improviser un morceau à l'oreille.

La méthode est discutable d'autant qu'elle a pour défaut de rendre l'enseignement et son application très « scolaires ».

Elle doit être relayée par une conviction forte, celle d'imposer son style à l'adversaire (en pression défensive, en organisation offensive) avant que d'apprendre à s'adapter à l'adversaire, deux approches totalement complémentaires.

Dans ces phases où la rigueur est première, caractérisée par la répétition et la précision, l'endurance mentale , facteur si important à développer, est aussi poussée à l'extrême

Car on sait bien que dans les situations critiques, la différence se fait sur la maîtrise technico tactique des fondamentaux.

Un projet de formation du jeune joueur me paraît abouti lorsque le joueur peut se mettre pleinement au service du jeu  : « Coach, quel basket, quel style, quelle technique attends-tu de moi ? »

Nous avons consacré pas mal de temps à la formation théorique, aux séances analytiques, à la systémisation des choix. Le risque du stéréotype est réel pendant un temps mais lorsqu'arrive le moment où les joueuses se libèrent pour enrichir le jeu proposé, la récompense est magnifique. Long chemin qui ne montre ses avantages qu'après de nombreux efforts.

NE PAS CONFONDRE REUSSITE ET RESULTAT

Ce qui est peut être le plus difficile avec le sport de compétition c'est de réussir à faire comprendre aux athlètes comment mettre leurs priorités dans l'ordre.

Le stress et les frustrations générés par les victoires et les défaites, la promiscuité imposée par une vie d'équipe intense, l'envie de progresser et de répondre aux attentes de l'entraîneur procurent un sentiment d'insatisfaction permanente.

Si l'on peut penser que c'est ce qui entretient la soif d'apprendre, il faut aussi considérer que le doute quotidien n'est pas vraiment le meilleur facteur d'équilibre et d'épanouissement.

Il y a un projet qui dépasse le simple résultat c'est celui de mettre à jour le meilleur de son potentiel et se dire que c'est déjà pas si mal, c'est faire de chaque situation l'occasion d'une rencontre avec soi et avec les autres, c'est ne pas limiter son horizon à la poursuite d'un seul but au risque de se trouver bien seul.

Je ne suis pas vraiment certain d'avoir mis en pratique de façon évidente cette conviction forte . D'abord parce qu'il est difficile d'exprimer des objectifs de ce type lorsque vous vous acharnez à extraire le meilleur de chaque joueuse et puis aussi, parce que la société juge notre travail au nombre de victoires, elle rend rarement crédible une approche différente.

Je dirais simplement que j'ai toujours gardé le même attachement aux attitudes que ce soit après un match gagné ou perdu insistant sur une certaine réserve et confortant le principe qu'aucun joueur n'était plus important que l'équipe.

Au moment de conclure, je suis pris d'une brusque inquiétude : et si les joueuses ne se reconnaissaient pas à travers cette analyse ? !

Car en fait je ne peux oublier qu'au delà de ces filles championnes d'Europe 2001 entourées d'attention et de reconnaissance pour leur succés, combien d'autres joueuses sélectionnées en leur temps auront retenu de cette approche un facteur de progrés ?! Je sais avoir beaucoup heurté avec une attitude extérieure plutôt glaciale déclenchant incompréhension et sentiment d'injustice ; le lot de chaque entraîneur en réalité.

J'ai toujours défendu le principe que « c'était la distance qui rapprochait les personnes » et il est vrai qu'aujourd'hui en plus des témoignages de gratitude qui font si chaud au cœur d'autant qu'on n'y comptait pas, je ressens une proximité malgré l'éloignement et les rencontres fugitives. Quelque chose se serait donc passé ?

Je veux pour preuve la relation qui s'est entretenue avec tous les assistants-coaches, rouages prépondérants de cette approche de la formation, éléments essentiels de recentrage, d'écoute et de ressources.

Alors je ne dois pas oublier au delà des remerciements traditionnels de dire à ces demoiselles qu'elles furent pour moi autant que moi pour elles une lumière qui éclaira la route.

Que sans trop en faire j'ai compris à leur contact que « la femme est l'avenir de l'homme ».